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Compenser l’empreinte carbone de ses vacances : la solution pour soulager la conscience des voyageurs ?

24 juin 2022
Avion au sol dans une forêt entouré d'arbres

Qui ne rêve pas d’exploration ? Qui n’aspire pas à s’évader de sa routine pendant quelque temps ? Siroter un cocktail sur une plage paradisiaque sous le soleil des Caraïbes, partir pour un road trip dépaysant sur la côte ouest américaine, explorer les contrées reculées de l’Indonésie… Seulement, quand vient le moment d’acheter votre billet d’avion ou de louer votre voiture de location, vous vous faites peut-être rattraper par votre conscience écologique. Eh oui, le bilan carbone de nos transports en voyage est loin d’être réjouissant. Malgré tout, il existe des alternatives pour compenser son empreinte carbone en vacances ! De nombreuses entreprises se lancent dans ce business florissant et proposent aux voyageurs de planter des arbres pour annuler l’effet néfaste des émissions de gaz à effet de serre de leurs voyages. Mais la compensation carbone volontaire est-elle réellement une solution miracle ? Les effets attendus sont-ils vraiment là ? Dans cet article, nous tentons de décrypter dans les moindres détails ce phénomène et de vous donner quelques conseils pour devenir un expert de la compensation.

Définition de la compensation carbone

Apparition et origine

C’est en 1997 dans le protocole de Kyoto que la notion de compensation carbone apparaît. Ce nouveau système permet aux entreprises de financer des projets dont le but est de réduire les émissions de gaz à effet de serre. En échange, celles-ci reçoivent des crédits carbone les autorisant à polluer. Depuis, le système s’est étendu et la compensation carbone volontaire a fait son apparition. Chaque particulier qui le souhaite peut ainsi faire la même chose, notamment pour compenser un voyage en avion ou son dernier road trip en voiture.

Les différentes façons de compenser son empreinte carbone

Quels sont les projets généralement financés ? Vous pensez sûrement à tous les programmes de plantation d’arbres. Mais il y a aussi d’autres façons de compenser ses émissions de gaz à effet de serre.

Certains projets s’attaquent également aux causes qui mènent à la déforestation et à une perte de biodiversité. Ainsi vous pouvez par exemple financer :

  • des projets d’agroforesterie et d’agriculture régénérative. C’est par exemple l’idée de l’initiative dans l’ouest de la France de Carbo ;
  • des projets d’accès à l’eau potable ou d’amélioration de la qualité de vie dans des pays en voie de développement. Greentripper vous permet par exemple de financer un programme d’accès à l’eau potable au Rwanda. Ainsi les populations locales n’ont plus besoin de faire bouillir l’eau avec du bois pour la purifier, ce qui limite la déforestation de la région.

Si les projets liés à la reforestation sont très répandus car plus faciles à mettre en œuvre, d’autres initiatives visent également à développer les énergies renouvelables, réduire l’utilisation des combustibles fossiles ou améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments. Toutefois, nous n’en avons pas trouvé disposant de label de qualité au moment de la rédaction de cet article.

Quels sont les postes d’émissions de gaz à effet de serre de ses vacances ?

En 2021, l’ADEME publie une étude sur les émissions du secteur du tourisme en France. Ainsi, en 2018, ce sont 118 millions de tonnes de CO2 équivalent qui ont été émises dans l’Hexagone par l’activité touristique. Pour vous donner une idée, cela représente tout de même 11 % des émissions totales de gaz à effet de serre en France, pour seulement 7.4 % du PIB du pays.

Alors, sur quels postes pouvez-vous personnellement agir pour compenser vos vacances personnelles ? Les émissions du secteur du tourisme se découpent ainsi :

  • 77 % sont liées à la mobilité des voyageurs ;
  • 7 % sont causées par les achats de biens touristiques ;
  • 7 % sont dues à l’hébergement ;
  • La restauration participe à 6 % des émissions.
  • Enfin, les quelques pourcentages restants sont partagés entre les sports, les loisirs, la culture, la gestion de l’eau, des déchets et les événements organisés pour les voyages d’affaires.

Ces chiffres sont plutôt éloquents : c’est bien le transport qui participe principalement à l’impact carbone du secteur du tourisme. De plus, les voyages en avion et en voiture représentent près de 90 % de la part des émissions liées à la mobilité.

Heureusement, pour limiter votre impact personnel, vous pouvez compenser l’empreinte carbone de vos voyages.

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Compenser son empreinte carbone en vacances : mode d’emploi

Compenser l’impact écologique de ses vacances semble simple sur le papier. Vous vous rendez sur un calculateur d’empreinte carbone de voyage, vous payez une contrepartie et voilà ! Seulement, en poussant la réflexion un peu plus loin, plusieurs questions se posent :

  • Comment calculer de manière fiable les émissions de CO2 ?
  • Comment évaluer le prix en monnaie du CO2 ?
  • Quel projet soutenir ?

Calculer le bilan carbone de son mode de transport : pas si simple

Quand il s’agit de mesurer l’impact de son mode de transport en vacances, la question est plus compliquée qu’il n’y paraît. Si vous regardez attentivement les programmes de compensation carbone, vous verrez que c’est plutôt la notion d’équivalent CO2 qui est mentionnée. En effet, d’après l’ADEME, le bilan carbone d’un moyen de transport a de multiples causes :

  • le CO2 directement émis par la production d’électricité et de carburant, ainsi que par la combustion de ce dernier ;
  • les autres composés libérés dans l’atmosphère pendant la combustion et participant au réchauffement climatique : vapeur d’eau, oxydes d’azote, etc ;
  • pour les avions, les traînées de condensation qui contribuent au forçage radiatif et à réchauffer l’atmosphère.

Ce dernier paramètre pour l’aviation est le plus difficile à mesurer de manière fiable. Pour le moment, l’ADEME recommande de multiplier par 2 les émissions dues à la combustion, mais c’est encore une approximation assez vague. Ainsi, pour la consommation d’un aller-retour en avion Paris-New York en classe Economy, CO2 My Climate donne 1,9 t de CO2 équivalent tandis que Greentripper indique 2.11 t.

Pour aller plus loin sur l’impact écologique de l’aviation qui fait tant débat, découvrez notre dossier spécial sur le voyage responsable et l’avion.

Combien vaut 1 tonne de CO2 ?

Là encore, difficile à dire. Comment évaluer la valeur monétaire d’une tonne de CO2 ? Si vous regardez différents calculateurs, les prix sont assez variables d’un site à l’autre.

Ainsi, pour compenser votre aller-retour direct Paris-New York, Greentripper propose de payer entre 25 et 38 € en fonction du projet soutenu, tandis que CO2 My Climate facture entre 47 et 154 € par exemple.

Greentripper indique sur son site que le prix de la tonne de CO2 varie entre 12 € et 20 € selon le projet soutenu. Pas évident d’y voir très clair pour les utilisateurs.

Soutenir un projet sans se faire avoir

Autre aspect important à prendre en compte : les projets soutenus ! Aucune réglementation n’est actuellement en vigueur sur le marché de la compensation carbone en ce qui concerne le suivi des projets ou leur bonne mise en œuvre. La plupart des projets sont mis en place dans des pays en voie de développement et finalement, en tant que consommateurs, nous n’avons que très peu d’informations sur ce que devient notre argent après paiement.

Plusieurs labels existent toutefois et possèdent des cahiers des charges sévères en matière de bien-fondé des projets engagés. Nous vous conseillons donc de choisir des programmes de compensation carbone qui s’appuient sur un de ces standards :

Quelques organismes de compensation carbone qui proposent des projets labellisés

Voici quelques exemples d’organismes qui proposent de compenser son empreinte carbone tout en soutenant des projets labellisés :

  • Greentripper finance des projets vérifiés sous le label Gold Standard.
  • Reforest’Action propose un projet de reboisement en Normandie labellisé Bas-Carbone : une bonne initiative pour planter des arbres directement en France.
  • Carbo participe à des projets certifiés VCS de reforestation et de développement de l’agroécologie en France et au Pérou.

Planter des arbres, oui : mais pas n’importe comment !

Faisons maintenant un petit point sur les programmes de reforestation, qui font légion ! Le nombre d’entreprises proposant de planter des arbres pour compenser ses émissions de CO2 semble s’accroître de jour en jour. Mais que se passe-t-il réellement derrière cette ambition fabuleuse de recouvrir la planète de forêts ?

Le stockage du CO2 par les arbres

Oui, les arbres stockent et emmagasinent du CO2, c’est indéniable. Les chiffres parlent d’entre 20 et 30 kg par an. Seulement, il s’agit d’une moyenne qui ne prend pas en compte tous les facteurs en jeu :

  • un jeune arbre en cours de croissance stocke moins de CO2 qu’un arbre adulte ;
  • le terrain doit être adapté à l’espèce choisie pour que l’arbre pousse dans de bonnes conditions ;
  • si l’arbre meurt ou est brûlé, il relâche son CO2 dans l’atmosphère.
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Le problème avec la plupart des programmes de reforestation

Ainsi, l’enjeu n’est pas tant de planter des arbres mais surtout de s’assurer que l’arbre grandisse et se développe bien. C’est là que le bât blesse. La plupart des programmes de reforestation présentent ainsi de nombreuses lacunes :

  • Les essences d’arbres sont choisies en priorité pour leur facilité de plantation plus que pour leur adaptation au terrain.
  • La monoculture est souvent de mise, ce qui crée des espaces dans lesquels les arbres sont plus fragiles et moins résistants.
  • Les arbres plantés sont peu ou pas entretenus et meurent au bout de quelques années.
  • Les populations locales ne sont pas toujours concertées avant la mise en place du projet.

Ainsi des arbres sont plantés dans des zones non adaptées, limitant leur capacité à absorber efficacement le CO2 de l’atmosphère. Les parcelles sont laissées à l’abandon et la plupart des arbres n’atteignent pas la pleine maturité leur permettant d’absorber les 20 à 30 kg normalement annoncés.

Pour toutes ces raisons, nous vous conseillons fortement de soutenir des projets qui s’appuient sur des standards fiables et exigeants comme ceux cités précédemment.

La compensation carbone : du pur greenwashing ?

Loin d’être une solution miracle

Outre ses failles liées à l’incertitude des projets financés et au système douteux de reforestation, la compensation carbone n’est de toute façon pas une solution miracle qui va nous sauver du réchauffement climatique à elle toute seule. Si son ambition est vertueuse, elle ne doit pas servir d’excuse pour rester dans l’inaction et ne rien faire pour changer ses habitudes.

Imaginons un instant que toutes les émissions du secteur des transports soient compensées par des financements de programmes adéquats sur une année donnée. Sur le papier, c’est parfait : la neutralité carbone a bien été atteinte. Or, en réalité, le CO2 de tous les camions et voitures qui ont roulé ainsi que celui des avions qui ont volé est bien présent dans l’atmosphère à la fin de l’année. Le taux de CO2 dans l’air a augmenté et à participé au réchauffement de l’atmosphère.

Certes, au bout de quelques années, le temps que tous les arbres aient poussé, que les projets d’amélioration de l’efficacité des bâtiments aient été mis en œuvre, la compensation carbone aura eu son effet, mais malheureusement un peu trop tard. De plus, les bénéfices ne seront vus que si les projets ont effectivement abouti.

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Éviter l’effet rebond

La compensation carbone ne doit ainsi pas devenir le moyen d’acheter sa bonne conscience. Il faut absolument éviter les raisonnements du type : « Je compense mes émissions alors, c’est bon, je peux prendre l’avion ou la voiture plus qu’avant ».

C’est ce qu’on appelle l’effet rebond. C’est comme quand vous achetez un gâteau allégé en matières grasses. Inconsciemment, vous vous dites : « ce n’est pas trop mauvais pour la santé, je peux y aller. » Et vous reprenez une seconde part.

Comme dit précédemment, la compensation ne pourra ainsi pas se substituer à la réduction de nos habitudes de consommation et c’est important d’en prendre conscience.

Mais alors faut-il arrêter de voyager loin ?

Non, nous ne sommes pas si fatalistes ! Mais nous vous invitons au maximum à voyager de manière consciente. C’est d’autant plus important si vous devez prendre un moyen de transport polluant comme l’avion, la voiture ou le bateau, en particulier sur de longues distances.

Autrement dit, réservez ces destinations lointaines pour des voyages vraiment spéciaux qui vous font rêver depuis un moment. Évitez au maximum de céder aux promotions, aux incitations à la consommation et aux achats impulsifs.

N’oubliez pas non plus que vous n’êtes pas toujours obligé de partir loin ! La France et ses pays frontaliers offrent déjà de superbes aventures en perspective qui sauront certainement vous offrir le dépaysement que vous recherchez.

Pour vous donner des idées pour votre prochaine aventure bas carbone, découvrez nos articles sur le voyage ferroviaire :

Et pour vous, compenser son empreinte carbone : est-ce un geste que vous avez l’habitude d’adopter ?

Article rédigé par Anaïs Maroteaux, rédactrice web SEO

Droit photos :– David Kovalenko on Unsplash– Waldemar Brandt on Unsplash

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